On pourrait, de prime abord, penser que ce Let Us Clap de Lamisi qui vient de sortir chez Real World Records est un disque d’afropop somme toute assez classique. Un peu de racines, un peu de groove, on applaudit poliment et on passe à autre chose. Et puis il y a l’écoute. Et là, tout bascule.
Dès les premières secondes, ces flûtes peuls incroyables viennent bourdonner un peu partout comme un essaim qui danse dans vos oreilles. Elles vous rentrent dans le crâne, elles vibrent, elles piquent. À côté, la voix de Lamisi, cernées par le vocodeur, oscillent entre l’afrofuturisme le plus lointain et le hiplife des années 90 qui sent encore le dur labeur des rues d’Accra. Il y a des violons aigres qui grincent comme des portes mal huilées, des percussions entêtantes, enivrantes, presque obsédantes, et des synthés qui s’agitent au dessus. Tout ça ne fait pas que vous faire claquer des mains. Non. Ça vous jette sur les routes du Ghana.
Vous partez de la bouillonnante, la bourdonnante, la grouillante Accra, avec ses néons, ses chop bars et son chaos joyeux. Et puis la piste se transforme, elle cahote, elle secoue, et vous voilà propulsés vers les savanes du Nord, vers Zebilla, là où les femmes kusasi transforment leurs paumes en instruments de résistance depuis des générations. Parce que oui, ce disque est né de ces cercles de femmes qui claquent, qui chantent en kusaal, qui refusent de disparaître, de se faire remplacer par ces DJ autotunés des mariages modernes.
Ce disque c’est aussi la rencontre de Lamisi et Wanlov the Kubolor. Elle, la voix qui a chanté avec Sarkodie, Samini, Stonebwoy, qui a emmené Patchbay Band et qui porte aujourd’hui la Lamisi Fata Foundation pour les filles du Nord. Lui, le Kubolor, le provocateur pieds nus, moitié roots moitié hip-hop, qui parle Twi, Ga, et qui comprend le kusaal sans même le parler.
« Agol » vous explose à la gueule avec ses handclaps et sa telenka roumaine. « No Orgasm in Heaven » balance un carpe diem bien salé, critique acide du patriarcat et du ciel qui promet tout sauf du plaisir ici-bas. « Zane Ya Kinkin » vous invite chez les Kusasi comme on accueille un cousin perdu, « Salma Daka » parle d’ancêtres et de boîte en or, « Painkiller » ferme la boucle en vous disant que la musique est le seul médicament qui vaille. Et entre tout ça, il y a des tensions, des cahots sur la route, des moments où le groove se fait presque industriel, minimal et claustrophobe. C’est pas de l’afrofuturisme marketing, c’est de l’African futurism qui sent le terroir, la terre rouge, la fumée, et la sueur. Oui, Lamisi et Wanlov n’ont pas fait un album. Ils ont ouvert une route. Avec des nids-de-poule. Et c’est tant mieux.
Lamisi Let Us Clap :
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