Garip, la bête curieuse d’Altın Gün

Avant de plonger dans Garip, cette nouvelle bête curieuse – mais surtout profondément anatolienne – du groupe néerlando-turc Altın Gün, qui vient de pointer le bout de son bağlama dans le catalogue quali de Glitterbeat Records, il nous faut absolument vous parler de Neşet Ertaş.

Neşet Ertaş, c’est… comment dire sans tomber dans le cliché ? Une légende absolue. Un maître du saz, surnommé le « plectre de la steppe » – bozkırın tezenesi – par Yaşar Kemal lui-même. Un barde troubadour anatolien qui a porté la tradition ashik jusqu’à l’époque moderne. Dans les années 60 et 70, il était partout, sa voix et ses mélodies parlaient directement au cœur des gens des villages, des steppes, de l’amour qui fait mal et des solitudes immenses. Et puis, patatras, 1978, paralysie des mains. Fini la musique, fini de parler comme avant. Il part en exil en Allemagne, galère, misère, deux décennies de silence. Et là, miracle, il recouvre l’usage de ses mains, revient sur scène trente ans plus tard, accueilli comme un héros national. Une vie de roman, un destin qui rend ses chansons encore plus poignantes.

Maintenant, la question qui brûle : pourquoi Altın Gün s’attaque à lui sur Garip ? Eh bien, c’est limpide. Ce quintet d’Amsterdam – mené par Erdinç Eçevit Yıldız à la voix et au saz – est obsédé par la pop anatolienne des années 70, par ce mélange de psyché, de folk et de groove qui a fait vibrer toute une génération. Rendre hommage à l’un des pères du truc, quoi de plus logique ? Sur Garip, ils se laissent complètement tomber dans le répertoire d’Ertaş. Dix compositions, certaines ultra-célèbres comme « Gönül Dağı », d’autres plus confidentielles, mais toutes réinventées avec ce brio qu’on leur connaît : la basse qui roule, les orgues envoûtantes, les cordes arabesques et psychés, un soupçon de sax qui plane, et toujours ce bağlama qui rappelle d’où ça vient.

Ce n’est pas un gentil disque de reprises. C’est un abandon joyeux, un grand écart entre deux mondes, entre Amsterdam et l’Anatolie, entre psych-rock contemporain et poésie rurale éternelle. Erdinç chante avec une sensibilité qui vient de loin, et le groupe ajoute juste ce qu’il faut de twist pour que ça groove sans trahir l’âme. Résultat, un album qui fait vivre ces mélodies comme jamais, qui les rend étranges et familières à la fois. Garip, « étrange » en turc, mais surtout irrésistible. Laissez-vous tomber avec eux, vous verrez, on en ressort changé, un peu plus connecté à cette steppe qui bat dans nos poitrines.

Altın Gün Garip :

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