Fajiri de Kuma Kura, langue nouvelle ou reggae décolonial

Il y a des morceaux qui ne cherchent pas à réinventer la roue, ils la font rouler autrement. « Fajiri » de Kuma Kura, ce projet improbable, né quelque part entre Lyon et Ouagadougou, de la rencontre entre Richard Monségu d’Antiquarks et le chanteur et balafoniste burkinabé Jahkasa, en fait partie. Ici, pas de folklore empaillé ni de reggae sous cellophane destiné aux coffee shops européens qui sentent le maté et la banane séchée. Non. « Fajiri » respire la poussière rouge, la sueur, les blocages, les traversées, et surtout cette obstination magnifique à vouloir créer une nouvelle langue entre Lyon et Ouaga, entre la France et le Burkina, mais aussi entre les peuples ; qu’ils soient mossis, rhodaniens, auvergnats ou bwa, ça, ça leur est bien égal.

Une nouvelle langue pour un nouveau dialogue, celui de l’unité et de la paix. Oui, ces mots qui, pendant que le Sahel brûle et se déchire, semblent avoir été oubliés quelque part sous une table, ou sous une natte. Ça semble rien, comme ça. Deux mots un peu pâles. Et pourtant, c’est là que tout se joue.

Parce qu’on va être honnête, ces dernières années, les raggamuffins occidentaux — ceux qui ont transformé leurs dreadlocks en argument marketing et leurs sarouels en symbole d’opulence spirituelle, et, accessoirement d’appropriation culturelle — ont un peu flingué le message. Ils ont donné à l’appel à la paix ce parfum gênant de naïveté cher aux rastas blancs, quelque part entre yoga et jus detox (ou fumette tox, mais ça c’est à chacun de choisir). Mais chez Kuma Kura, rien de cela. Ici, l’appel à l’unité a du sens, du vécu, de la chair. Il vient de Ouaga.

« Fajiri » est un souffle. Un souffle matinal — son nom veut dire « l’aube » — et une manière de dire que malgré les cicatrices, malgré les frontières absurdes tracées par d’autres, malgré les discours sécuritaires qui sonnent comme des portes blindées, il reste un espace pour l’entêtement lumineux.

On y entend les balafons de Nihani Sanou se tailler leurs part du gateau, la haute flûte de Fayssal Diarra percer le ciel, la guitare de Jonathan Tapsoba ouvrir des clairières électriques, et la batterie de Richard Monségu tenir le cap comme un vieux capitaine qui sait que l’essentiel n’est pas d’arriver, mais de continuer à avancer.

C’est du reggae, oui. Mais tressé de jazz, de rock progressif, de polyrhythmies mandingues, de langues multiples — bwamou, dioula, mooré, français — et d’un vrai souffle décolonial, pas celui des communiqués d’intention. Kuma Kura ne joue pas « africain ». Ils jouent ensemble, et c’est tout le propos.

Kuma Kura « Fajiri » :

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