Et pendant ce temps dans le reste du monde #286

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Argot Lunaire Argot Lunaire // France

Dans Argot Lunaire, le sextet piloté par Anne Quillier ne fait pas semblant de réinventer le jazz français, il le secoue franchement jusqu’à ce qu’il perde ses vieilles habitudes. On sent derrière les saccades et les décharges de jazz d’Argot Lunaire, ce nouveau groupe qui défrise le paysage jazz français, toute l’influence d’un Sons of Kemet, avec ce jeu du groove et des rythmiques, avec cette énergie presque punk qui aurait tendance à vous faire headbanguer. Mais réduire ça à un coup de nerf serait passer à côté du cœur du projet, ici, le jazz se frotte au bourdon, les nappes s’empilent, les constructions deviennent presque baroques, les cordes grincent, le basson murmure, et le souffle circule comme une rumeur entêtante. Entre rock de caves enfumées et jazz de chambre, l’ensemble bricole un langage dense, joueur et un peu insaisissable…

Shye Ben Tzur x Jonny Greenwood x The Rajasthan Express « Ranjha » // UK, Inde, Israel

Une décennie après Junun, le trio improbable mené par Shye Ben Tzur, Jonny Greenwood et leur fanfare mystique du Rajasthan revient avec “Ranjha » et autant dire que les amateurs de yoga matcha eurocentré peuvent passer leur chemin, ici, ça ne cherche toujours pas à plaire aux tièdes. Ça souffle, ça percute, ça invoque. Enregistré cette fois dans un studio bien propre à Oxford, loin de la poussière sacrée du fort de Mehrangarh, le morceau garde pourtant cette tension brute, ce frottement presque dangereux entre qawwali dévotionnel, cuivres qui débordent et obsessions occidentales mal contenues. Greenwood joue encore à l’équilibriste, flirtant avec l’idée de foutre du funk dans une transe soufie sans tout faire exploser, pendant que Ben Tzur, lui, reste ancré dans une sorte de foi musicale qui lui est propre. Et, dans cette fusion, dans ce chaos maîtrisé, “Ranjha” trouve justement sa beauté, rugueuse, indomptable, presque indifférente à l’auditeur.

The Yum Yum Tree « My Corner » // USA

Avec des guitares qui débordent d’une énergie presque punk, les camarades de The Yum Yum Tree débarquent nous montrer ce qu’il se passe, là-bas, dans leur coin. Et leur coin n’a rien d’un refuge tranquille, ça gronde, ça griffe, ça pulse comme une montée d’adrénaline mal contenue. “My Corner” avance avec cette tension brute, portée par des riffs qui s’entrechoquent et des batteries qui cognent comme un rappel constant que l’émotion, ici, ne sera jamais polie. La voix, elle, joue sur le fil, transformant le morceau en une sorte de rituel nerveux où l’on expulse tout sans filtre. Derrière cette décharge électrique, il y a pourtant une idée plus tendre, presque à contre-courant, rester aux côtés de quelqu’un quand il vacille, même quand ce n’est ni simple ni confortable. Mais The Yum Yum Tree n’en fait jamais un sermon ; ils préfèrent le hurler dans un mur de guitares, comme si le soutien passait d’abord par le bruit, la sueur et un certain chaos salvateur.

Unwed Sailor « West Coast Prism » // USA

Chez Unwed Sailor, pas besoin de paroles pour faire passer le message, et “West Coast Prism” le rappelle avec élégance. C’est un morceau qui respire large, qui prend son temps sans jamais tourner à vide, porté par une basse qui raconte plus d’histoires que bien des chanteurs bavards. Ça avance, ça tangue, ça capte une lumière mélancolique comme un horizon qu’on n’atteint jamais vraiment, et puis au milieu, sans prévenir, le décor bascule, une mer synthétique s’ouvre, nappes new wave à l’appui, comme si le groupe décidait de plonger plutôt que de rester à la surface. Derrière ses airs de balade côtière un peu rêveuse, le morceau cache une vraie tension, une façon de faire vibrer les mélodies jusqu’à leur donner du relief, du sens, presque une narration. Là où d’autres empilent des couches pour masquer le vide, Unwed Sailor creuse, étire, laisse respirer, et au final… ça dit beaucoup plus que prévu.

Eve Maret « Hit U With a Banger » & « Gethsemani » // USA

Tout est dans le titre, « Hit U With a Banger » ! Pour nous introduire à son nouvel album Diamond Cutter, dont la sortie est attendue ce 17 avril, Eve Maret fait bien les choses… Depuis Nashville, elle trace une ligne de basse acide, grasse, nerveuse, presque insolente, et met tout le monde d’accord en quelques secondes. Ici, le dancefloor est un laboratoire. Les synthés modulaires s’empilent comme une architecture mouvante, précise sans être clinique, pendant que sa voix, traitée comme un instrument parmi d’autres, flotte dans ce chaos organisé avec une nonchalance calculée. Ce qui pourrait n’être qu’un exercice de style électro devient chez elle une mécanique émotionnelle… frustration digérée, transformée, recrachée en énergie brute. Et puis il y a Gethsemani, parenthèse plus habitée, presque mystique, où les nappes profondes respirent lentement et s’entrelacent à une voix fragile mais tenue, comme revenue d’un rêve qu’on n’arrive pas tout à fait à expliquer, une échappée sensorielle qui prouve qu’Eve Maret ne fabrique pas juste des bangers, elle construit des mondes.

Alex Lakusta « Waves in Pattern » // Canada

Avec “Waves in Pattern”, Alex Lakusta ne fait pas semblant. Ça avance, ça respire large, et ça évite soigneusement le piège du jazz décoratif pour ascenseur. Le Canadien balance une pièce nerveuse, presque insolente dans sa façon de mêler groove organique, élans post-rock et pulsations mathématiques. Dans un paysage sonore croqué par une basse qui sait où elle va, les couches s’ajoutent, se superposent, s’entremêlent. Les cuivres débarquent, le saxophone s’étire avec une élégance tendue pendant que la trompette vient gonfler le tout jusqu’à une sorte de climax cinématographique, pas loin de l’ivresse. Derrière, ça construit, ça densifie, ça relâche juste assez pour ne pas sombrer dans la démonstration stérile. Et au milieu de cette montée en puissance, Lakusta prépare surtout le terrain pour Island Ghosts, un album qui promet moins de jolies cartes postales que des fragments de mémoire en mouvement, une sorte de love story abstraite racontée sans paroles.

Nathanial Young « Why I Owe You » // USA

Dans Why I Owe You, Nathanial Young joue les équilibristes entre maîtrise clinique et abandon nocturne, comme s’il filmait Los Angeles à hauteur de bitume, sans filtre mais avec une élégance insolente. Le souffle de l’atterrissage de ce saxophone sur la ronde hypnotique de la guitare est de toute beauté, un genre de grâce lente qui ne cherche jamais à en faire trop mais qui touche juste, là où ça résonne encore après coup. Derrière, ça respire à peine — batterie feutrée, textures qui glissent — laissant au baryton toute la place pour raconter ses silences, ses demi-confessions. Pas étonnant que le bonhomme, passé des pop-up shows aux validations de SZA ou James Blake, ait compris un truc essentiel, parfois, le vrai luxe, c’est de ralentir suffisamment pour laisser la musique parler toute seule.

Mira Meier « Snowflakes » // Suisse

Dans un paysage néo-classique déjà saturé de clones sous perfusion d’émotion facile, Mira Meier débarque avec Snowflakes et choisit, presque insolemment, de ne rien forcer, quelques notes, un piano nu, et surtout des silences qui en disent plus long que bien des orchestrations prétentieuses. Oui, l’ombre d’Einaudi ou d’Ólafur Arnalds plane quelque part, ici, pas de pathos dégoulinant ni de montée calculée pour arracher une larme… juste une musique qui respire, qui hésite, qui s’efface presque pour mieux s’installer. Snowflakes, c’est ce moment suspendu où tout ralentit sans prévenir, où la mélodie ne cherche pas à séduire mais à exister, fragile, presque distante, comme un souvenir qui refuse de se laisser saisir complètement. Minimaliste, oui.

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