Et pendant ce temps dans le reste du monde #284

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

The Notwist News from Planet Zombie // Allemagne

Après des années à bricoler entre électronique, indé et expérimentations en tout genre, The Notwist revient avec News from Planet Zombie. Un disque qui regarde le chaos en face sans sombrer dans la pose dépressive. Enregistré à Munich, à domicile mais les yeux rivés sur un monde qui part en vrille, le groupe joue différemment cette fois. Une formation élargie, du live, des aspérités, et surtout cette capacité à faire cohabiter mélancolie et chaleur sans sonner comme un manuel de développement personnel. L’album avance comme une réponse douce à une époque absurde, entre pop nerveuse, textures électroniques et élans presque folk, avec ce refus poli mais ferme de céder au cynisme ambiant.

Stefan J. Selbert “You Live Where It’s Cold” & « Almost Eden » // USA

C’est le moment de sortir le cheval et de faire tinter les éperons : le chanteur américain Stefan J. Selbert nous entraîne dans son univers de ranchers, de bétail et de grands espaces avec “You Live Where It’s Cold” et « Almost Eden », des chansons suspendues dans l’air hivernal. Porté par une guitare acoustique lo-fi captée de très près, comme jouée au coin du feu, les morceaux s’ouvrent dans une intimité fragile avant de s’élargir doucement. La voix délicate de Selbert, parfois doublée, flotte entre la mélancolie d’un folk moderne et la rugosité des grands espaces, tandis que la chanson respire lentement jusqu’à accueillir une rythmique et quelques guitares supplémentaires. Des morceaux simples, honnêtes, presque poussiéreux, qui avancent au rythme tranquille du temps qui passe dans les plaines froides.

Ezra Vancil « Lady of my Heart » // USA

Bien sûr, difficile d’approcher Ezra Vancil sans convoquer ses icones, Bob Dylan, Springsteen, et quelque part dans l’ombre, un Joe Cocker qui aurait troqué la sueur du rock contre la poussière de l’americana. Avec “Lady of My Heart”, il ne cherche pas à réinventer quoi que ce soit, il creuse. Écrite en pleine année de divorce, la chanson avance à pas lents, portée par une guitare acoustique, un harmonica fatigué et quelques touches de steel guitar qui sentent le Texas et les nuits trop longues. Pas de grand drame ici, juste une lucidité froide, presque gênante, sur ce que l’amour laisse derrière lui quand il s’effondre sans fracas.

Velar Prana « I’ve Been Waiting » // Autriche

D’abord DJ avant de passer derrière les machines de production, l’Autrichien Velar Prana connaît la musique ; au sens littéral. Des nuits entières passées à observer les pistes de danse lui ont appris une chose simple, les foules aiment quand ça groove sans se prendre trop au sérieux. Alors forcément, sur “I’ve Been Waiting”, il applique la recette avec une précision presque insolente. Une basse indie-funk qui rebondit, des synthés qui brillent comme des néons d’été, et une voix souple qui glisse tranquillement dans ce décor pop-électro bien poli. Rien de révolutionnaire, mais une efficacité redoutable. Dans le paysage parfois un peu austère de la pop autrichienne, Velar Prana pose ainsi une petite douceur fraîche et lumineuse.

Reifier The Unfolding // Mexique

Avec The Unfolding, Reifier ne livre pas un simple premier EP, elle ouvre une brèche, et invite à s’y perdre. Derrière le projet, Daniela Mandoki, ex-théâtreuse passée par tous les rôles possibles, prend enfin le contrôle total et façonne un objet sonore qui refuse les formats dociles. Ici, l’électro est narrative, presque habitée, traversée par des textures qui oscillent entre rêve lucide et introspection brute. Ça respire, ça dérive, ça se transforme sans prévenir, comme ces nuits où l’on ne sait plus très bien qui on est au réveil. Entre sound design immersif, voix fantomatiques et instrumentation organique, Reifier construit un EP qui parle d’identité, d’identité queer, de mutation, de corps et de mémoire, sans jamais tomber dans le discours didactique. C’est dense, parfois déroutant, mais toujours maîtrisé.

Sasha & the Bear « Air » // USA

Pas de grand discours sur la résilience, pas de fausse catharsis à l’américaine, avec “Air”, Sasha & the Bear choisit une voie plus inconfortable, presque honnête : celle où le deuil ne disparaît pas, il s’installe. Enregistré dans la campagne portugaise, le morceau respire cette lenteur un peu suspendue, comme si le temps avait décidé de lever le pied sans prévenir. L’indietronica ici est à nu : une production minimale, presque osseuse, qui laisse circuler le vide autant que le son, pendant que la voix de Sasha flotte entre présence et effacement. Pas de climax, pas de résolution, juste cette idée tenace que certaines pertes ne se referment pas, elles s’apprivoisent. Et dans ce refus de “closure” facile, “Air” trouve une forme de beauté fragile, presque rouillée, mais étrangement apaisée.

Mary Middlefield « Milk » // Suisse

Avec “Milk”, Mary Middlefield ne cherche pas à séduire, elle met mal à l’aise, et c’est précisément là que ça devient intéressant. Derrière une orchestration ample, presque théâtrale — piano, harpe, violons qui montent en pression comme un dernier acte — se cache une idée beaucoup moins élégante, celle de pourrir en silence en attendant d’être choisi. Oui, comme une bouteille de lait oubliée au fond du frigo. Métaphore domestique, mais violence émotionnelle bien réelle. La voix navigue entre fragilité et explosion, comme si chaque note hésitait entre disparaître et tout emporter. Et quand ça éclate, ce n’est pas pour offrir une catharsis propre, c’est sale, inconfortable, presque trop honnête. Mary Middlefield signe ici une ballade noire sur l’amour à sens unique, sur cette manière absurde de se conserver pour quelqu’un qui ne viendra peut-être jamais.

Metropolis Ensemble, Erik Hall, Sandbox Percussion « Canto Ostinato Sections 74-87 (Simeon ten Holt) » & « Canto Ostinato (Sections 41-55) (Simeon ten Holt) » // USA

Il y a des œuvres qui avancent, et d’autres qui insistent. Avec ces deux mouvements de “Canto Ostinato”, le Metropolis Ensemble, Erik Hall et Sandbox Percussion choisissent clairement la seconde option, et ils ont raison. Ici, le minimalisme n’est pas un gadget arty pour playlist studieuse, c’est une mécanique hypnotique, patiemment construite, où chaque motif répété devient une obsession douce. Le piano d’Erik Hall trace la ligne, presque humble, pendant que les percussions, les bois et les cordes viennent épaissir le paysage avec une précision chirurgicale. Pas d’esbroufe, pas de climax facile : juste une montée lente, organique, où la beauté naît de la répétition elle-même. C’est ample, presque cinématographique, mais sans jamais perdre ce fil fragile qui fait toute la force de l’œuvre originale. Un minimalisme orchestré avec élégance, qui prend son temps, et qui, au passage, rappelle que la patience peut être une forme de puissance.

Camron Shahidi “Bordi Az Yadam” // Iran, USA

Juste un piano, et du silence autour. Avec “Bordi Az Yadam”, Camron Shahidi va chercher une vieille mémoire persane des années 50 et la dépouille de tout folklore décoratif pour la ramener à l’essentiel. Une mélodie nostalgique, presque fragile, qui s’installe sans prévenir. Là où certains surjouent l’émotion, lui la laisse respirer, note après note, dans une ambiance cinématographique qui refuse le spectaculaire. La main droite murmure des motifs hérités, pendant que les arpèges reconstruisent un décor plus contemporain, entre néoclassique feutré et mélancolie orientale. Rien de tape-à-l’œil, mais une intensité sourde… persistante.

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