Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Slackin Beats Off To A Good Start // Suède, Bosnie
Dans Off To A Good Start, le producteur suédois Slackin Beats débarque comme un faux débutant, le genre de “rookie” qui fait semblant de trembler avant de balancer un crochet du droit sonore. L’album respire l’envie de se réinventer, de bousculer sa propre image, d’oser les zones d’inconfort. Et au milieu de cette quête intime, une autre vérité surgit, le retour aux racines, celles de la Bosnie. Slackin Beats fouille la mémoire, le “heklanje” familial, les vibrations râpeuses de la šargija, les soupirs mélancoliques de la sevdalinka… Tout ça tressé dans un patchwork électronique qui refuse la pureté des genres.
Erik Hall « Music for a Large Ensemble (Steve Reich) » // USA
Avec « Music for a Large Ensemble », Erik Hall rejoue Steve Reich comme on démonte une vieille horloge pour en révéler la mécanique intime, minutieuse, obsessionnelle, presque arrogante dans sa précision artisanale. Le Michiganais continue son trip monacal, celui où il recompose seul ce que d’autres n’oseraient même pas effleurer à plusieurs. Ici, il transforme la pièce de Reich en kaléidoscope organique. Des pulsations qui s’empilent à la main, des motifs qui s’enchevêtrent sans jamais se répéter exactement, des micro-décalages qui créent une matière vivante, comme si le minimalisme respirait enfin hors de ses cadres trop académiques, muséifiés. Et évidemment, ça fonctionne. Porté par cette discipline folle — jouer chaque note, chaque battement, sans machines pour tricher — Hall rend Reich pop, pulsionnel, presque sensuel. Une célébration du geste, du labeur, de l’obsession qui devient lumière.
Caitlin & Brent « Nightcall » // USA
Avec « Nightcall », Caitlin & Brent prennent le tube électro de Kavinsky, celui qui a redéfini la nuit dans Drive, et le retournent comme une veste en velours sombre. Exit la froideur synthétique : ici, l’appel nocturne devient un slow baroque-pop, fiévreux et cinématographique, porté par la voix de Caitlin qui flotte comme une confession murmurée, et celle de Brent, grave, râpeuse, vieillie au bourbon. Le duo s’amuse à renverser les rôles, à injecter cordes, orgues poussiéreux et piano ancien dans cette mélodie culte, pour en faire autre chose : un vertige intime, un clair-obscur où l’on avance à pas de loups.
Madrid De Los Austria « Guapa 90ies » // Autriche
Tout est dans le titre ! Avec « Guapa 90ies », le plus madrilène des duos viennois ravive ce RnB espagnol des années 90 qu’on croyait enterré sous trois couches de poussière et deux décennies de cynisme. Ici, ça traîne, ça s’étire, ça ondule, les voix des guapa glissent comme du miel chaud sur des basses rondes, tandis que les synthés ouvrent des couloirs où l’on marche au ralenti, torse chaud, regard mi-clos. Madrid De Los Austrias mêle flamenco spectral et groove électronique avec une insolence calme, un downbeat sensuel, organique, qui respire le moment présent sans jamais s’excuser d’être délicieusement languissant. Un retour 90ies comme on les aime, moite, suave, et un brin fantasmé.
Horizyn « RHYTHM » // UK, Inde
Avec « RHYTHM », Horizyn pose un vrai piège nocturne, une track qui te tire par le col dans une ruelle londonienne avant de t’asperger d’encens bollywoodien. Ici, le sample de la musique de Taal d’A. R. Rahman n’est pas un gadget nostalgique, c’est une déesse qui plane au-dessus des 808s et qui transforme le drill en rituel sensuel, sombre, magnétique, presque interdit. Horizyn fait glisser son flow comme une lame humide, oscillant entre flirt et menace, entre sueur et mirage, jusqu’à ce que les mondes se mélangent : la grâce indienne, la brutalité UK, la romance qui vacille…
Blue Tomorrows « Owl Creek Blues » // USA
Avec « Owl Creek Blues », Blue Tomorrows nous sert cette potion douce-amère qu’on croyait disparue avec la venue de la MAO, un folk qui flotte, un psychédélisme qui s’évapore doucement, et une nostalgie qui fait semblant d’être fragile alors qu’elle te tient solidement par la manche. En glissant de Portland aux forêts du Wisconsin, Sarah Nienaber, l’astucieuse artiste qui se cache derrière le bleu de ces lendemains, a ramassé des bruits, des sons, des guitares opaques, et des pianos poussiéreux. Pour nous délivrer un morceau suspendu entre Beach House et Tame Impala, entre nature rêvée et électronique qui crépite, entre les limites assumées et les révélations qu’elles provoquent. « Owl Creek Blues » ressemble à ces promesses naïves qu’on fait en regardant le ciel, sauf que celle-ci tient la route.
Prm. « Winter » // Allemagne
Alors que l’hiver s’apprête à border une moitié du monde, le discret pianiste allemand Prm. nous glisse « Winter » entre les doigts comme une couverture trop fine mais étrangement rassurante. Une mélodie qui ne cherche pas à réchauffer artificiellement, mais à laisser l’esprit s’alléger, filer loin comme ces oiseaux qu’on devine à l’horizon. Ce n’est pas la grande mélancolie dramatique, juste ce petit frisson lucide qui rappelle que les jours gris passent, que le vide n’est jamais vraiment vide, et que l’espoir continue à tracer un rythme calme et obstiné sous nos pas. Un « Winter » qui ne gèle rien, mais qui apaise, aère, recentre.
Hybrid Leisureland Flower Bullet // Japon
Avec Flower Bullet, Hybrid Leisureland fait de l’ambient une arme blanche, non, pas pour blesser, mais pour trancher net dans nos certitudes. Hidetoshi Koizumi, toujours aussi calme que dangereux, part d’un constat simple, les mots, ça tue parfois plus sûrement qu’une balle. Alors il décide de retourner la trajectoire, de faire éclore des pétales là où d’autres tirent des rafales. Résultat : un album qui n’explose jamais vraiment, mais qui souffle doucement, comme une déflagration en coton, un bang sans bang, une tendresse sous haute tension. Les nappes synthétiques se dilatent comme un lever de soleil timide, les field recordings murmurent des secrets enfouis et se projettent sur des autoroutes nocturnes, et chaque craquement, chaque souffle, chaque silence sculpté devient un geste de paix. Flower Bullet, c’est l’utopie d’un monde où les conversations guérissent, où les silences rassurent, et où les blessures se replantent en jardins. Un disque qui ne dit pas « écoute-moi », mais « écoute mieux ».
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