Presque vingt ans que le groupe touareg Imarhan avance sans jamais lever le pied. Vingt ans à tracer sa route entre Tamanrasset, le Hoggar, le Mali et l’Algérie, à faire résonner l’Assouf, le bleus touareg, comme une chronique à ciel ouvert, entre poésie, lutte, mélancolie et dignité. En ce début d’année 2026, le quintet s’apprête à sortir Essam, son quatrième album. Et si le calendrier change, le son aussi.
Essam, « éclair » en tamasheq, porte bien son nom. Pas une déflagration spectaculaire, plutôt une lumière brève et précise, qui révèle un paysage qu’on croyait connaître par cœur. Secondé à la production par Maxime Kosinetz et le Français Emile Papandreou, maître artisan d’une synth-pop organique avec UTO, Imarhan entame une mue. Une vraie. La rudesse des guitares du désert ne disparait pas, elle s’érode, légèrement. La distorsion bourdonne encore, mais elle est désormais enserrée par des synthés sombres, des textures lentes, des nappes qui étirent le temps au lieu de le brûler.
Que les fidèles se rassurent. Comme toute mue, l’animal abandonne son ancienne peau pour en ressortir intact, simplement moins craquelé. L’âme reste la même. La poésie aussi. La mélancolie ne s’est pas évaporée dans les machines. Elle s’y infiltre. L’errance entre dunes et massifs s’incarne plus que jamais dans la voix de Sadam, dans la progression lente et irrépressible des calebasses et des boîtes à rythme, dans ce souffle synthétique qui se mêle au vent du désert sans jamais l’étouffer.
Enregistré à l’Aboogi Studio, au cœur de Tamanrasset, Essam respire son environnement. Les percussions traditionnelles, calebasses, bidons, sont samplées, retransformées en temps réel par un synthétiseur modulaire. Les claps, les voix, l’air qui circule deviennent matière sonore. Sur “Derhan n’oulhine”, l’histoire d’un amour impossible se déploie dans un clair-obscur hypnotique, entre analogique et organique, ancien et contemporain.
Imarhan n’a jamais prétendu être un groupe figé dans une carte postale du désert. Depuis 2006, le collectif capte les fractures de son époque : pandémie, frontières instables, exils, déracinement, espoir têtu. Essam prolonge cette trajectoire, avec plus d’espace, plus de lenteur, plus de nuit. Un disque qui refuse la nostalgie facile, qui regarde droit devant sans renier ce qu’il est.
Imarhan Essam :
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