Cassie Watson Francillon traverse le Bardo sans filet ni encens

Quand le disque Bardo de l’harpiste américaine Cassie Watson Francillon a déboulé sur notre platine, notre cerveau a fait un raccourci un peu paresseux. Bardo ? Le musée national de Tunis, ses mosaïques, son poids historique. Bon. Rien à voir. Ici, le Bardo convoqué est celui du bouddhisme, cet état intermédiaire, suspendu entre la mort et la renaissance. Bon, aussi, on doit bien l’avouer, en la voyant débarquer avec sa harpe… on a pas pu s’empêcher de se dire qu’on allait encore faire face à un de ces disques de spiritual jazz contemplatif… brillant certes, mais où il ne se passe pas grand chose…

Et puis… on a écouté le disque.

Et là, pas mal, la fille nous a conduit, comme la promesse de l’album, vers la renaissance. Bardo n’est pas un tapis de yoga sonore. C’est un passage. Une traversée. Une mue. Cassie Watson Francillon ne se contente pas d’effleurer les cordes de sa harpe comme on caresserait une idée abstraite, elle la met en tension, la frotte à une rythmique parfois nerveuse, voir même parfois franchement indocile. La batterie de Julian Addison s’emballe par moments avec cette cadence presque britannique, héritée d’un certain jazz anglais contemporain qui refuse la ligne droite. La basse de Bryan Webre ancre le tout dans un sol mouvant mais solide, pendant que le tuba de Charles Lumar II épaissit l’air, lui donne une densité quasi rituelle. Et quand Aquiles Navarro ou Jelani Bauman entrent en jeu à la trompette, le paysage s’ouvre, trouble, scintille, se déforme.

Ce Bardo-là est né lentement. Six ans de visions, de fragments, de silences. Un projet esquissé sur l’eau, en virée solitaire en kayak sur le Bayou St. John, pendant le confinement, à écouter le monde respirer, à suivre le soleil, à se laisser porter par le liquide. On comprend mieux cette sensation de flux permanent, rien n’est figé, rien n’est décoratif. Même les penchants plus breakbeat, plus avant, que Cassie Watson Francillon considérait autrefois comme des “défauts”, sont ici assumés comme une lumière intrinsèque. Pas de révision cosmétique, pas de mise à jour opportuniste, une discipline rare, celle qui consiste à respecter un chapitre de sa vie tel qu’il a été vécu.

Enregistré à la House of 1000HZ à La Nouvelle-Orléans, soutenu par The ThreadHead Cultural Foundation et la Jazz and Heritage Foundation, Bardo est un disque de passage au sens fort. Pas une fin. Pas un début. Un entre-deux fertile, intense, parfois inconfortable. Un voyage sur ces chemins tortueux où la méditation rencontre la mort et le retour à la vie… enfin une autre vie, la réincarnation… toussa toussa.

Cassie Watson Francillon Bardo :

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