C’était il y a plus de cinq ans, le monde entier s’est mis à flipper, on s’est tous barricadés chez nous en priant pour que le dernier paquet de PQ nous dure jusqu’à l’apocalypse. Masques, vaccins, couvre-feu, on va pas vous refaire le tableau, vous connaissez la rengaine. Le COVID, quoi.
Juste avant que tout parte en vrille, Samy Ben Redjeb d’Analog Africa, le type qui passe sa vie à déterrer des pépites musicales pendant que nous on scroll, s’était barré au fin fond du Pérou, à Iquitos, capitale officieuse de l’Amazonie oubliée, pour essayer de rencontrer une obscure figures de la cumbia peruana, un certain Ranil. Là-bas, un taxi conduit par un vieux qui avait l’air de tout savoir lui balance cash : « Ranil ? Le chanteur ? Je sais où il crèche. » Et bim, vingt minutes plus tard, il se retrouve nez à nez avec Jorge Raúl Llerena Vásquez himself, alias Ranil, en plein Belén, au milieu du joyeux bordel du marché, des odeurs humides et des baffles qui crachent de la cumbia à tue tête.
Un mois entier à fouiller les cartons moisis, à exhumer des bandes qui prenaient la poussière depuis des lustres. Un travail qu’il a porté sur vinyl avec le disque Ranil y su Conjunto Tropical, dont nous vous parlions alors dans ces pages. Fier du premier tirage de son disque Samy a repris un avion pour Lima, pour planifier une release party à Iquitos avec Ranil… malheureusement, l’histoire en a décidé autrement. Le lockdown, le vrai, celui du COVID, dont nous parlions en introduction, a cloué le patron d’Analog Africa à Lima, et quelques jours plus tard, le 24 avril 2020, la mort emporte Ranil… Silence radio sur Belén. Littéralement.
Aujourd’hui, plus de cinq ans après la rencontre de Samy Ben Rejeb et Ranil, plus de 5 ans après le COVID et le lockdown, plus de cinq ans après la mort de Ranil, sa musique continue de planer au dessus des platines d’Analog Africa, à tournoyer dans le ciel d’Iquitos, et d’éclairer, comme une aurore tropicale les oreilles des amateurs de cumbia. Avec la sortie ce 6 février de Galaxia Tropical, Analog Africa nous replonge dans cet univers moite et amazonien de Ranil y Su Conjunto Tropical.
Ce n’est pas de la cumbia propre sur elle. C’est du llullampeo, du groove amazonien décomplexé, sauvage, avec des percus qui frappent directement le bassin et des lignes de guitare acides qui rampent, tournoient, et se balancent comme des lianes. Ranil n’a jamais eu besoin de Lima et de ses costards pour exister. Il a monté son propre label, Producciones Llerena, dans un coin où personne ne lançait de label, a sorti une dizaine de disques souvent bordéliques (jaquettes qui matchent pas, titres oubliés, le chaos total), a tenu une radio pirate au milieu du marché, a fait chier les politiciens locaux en se présentant à la mairie… et a continué à faire danser les gens malgré tout.
Alors ouais, Ranil n’est plus là. Mais Galaxia Tropical fait tourner la galaxie qu’il a créée. Et franchement, dans le marasme ambiant, se prendre une claque de cumbia amazonienne psyché bien brute, ça fait du bien. Alors, on met le volume, on ferme les yeux, et on laisse Iquitos nous envahir.
Ranil y Su Conjunto Tropical Galaxia Tropical (Analog Africa No.43) :
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