Sacré aventure que nous propose encore une fois le label Analog Africa avec leur dernière anthologie : Antoine Dougbé et L’Orchestre Poly-Rythmo De Cotonou 1977 – 1982. Direction le Bénin, direct dans les entrailles de Cotonou à la jonction des années 70 et 80. Samy Ben Redjeb et ses équipes de diggers nous présentent rien de moins que le premier ministre du diable en personne : Antoine Dougbé.
Ce personnage mystérieux, mystique à souhait, n’est pas qu’un musicien. C’est un initié aux arcanes les plus sombres du Vodún béninois. Et le plus dingue, c’est qu’il arrive à faire cohabiter – jusqu’à un certain point – son amour viscéral pour la salsa, le son cubain, les rythmes zaïrois qui trustaient les ondes africaines fin 70, et le respect absolu qu’il doit à Papa Legba et au monde invisible. Passionné par les musiques liturgiques des cérémonies vaudou, le gars quitte Abomey, sa ville natale, pour plonger dans la fournaise de Cotonou et dénicher un groupe capable de porter ses compositions.
Problème majeur… Antoine Dougbé est irascible, insupportable, et a la fâcheuse manie d’insulter et d’embrouiller tous les musiciens qui osent mal interpréter ses consignes. Et comme en plus il est plongé jusqu’au cou dans le vaudou… ça refroidit sévèrement les volontaires. Qui a envie de se coltiner un sorcier qui peut vous jeter un sort parce que la basse est un poil en retard ?
L’histoire aurait très bien pu s’arrêter là, dans un fiasco total et amer. Mais non. Dougbé finit par trouver chaussure à son pied, orchestre à sa main, le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Et on peut parier que le fait que le batteur Yehouessi Leopold et le bassiste Bentho Gustave soient eux-mêmes détenteurs des secrets du vaudou n’y est pas pour rien. Avec ces deux-là dans l’équipe, même le premier ministre du diable n’osait pas trop hausser le ton.
Alchimie, oui, le mot est faible. Entre 1977 et 1982, Dougbé et le Poly-Rythmo sortent trois albums et une poignée de singles. Et le tour de force est monumental, Antoine Dougbé pose les bases de son propre style, l’afro-cavacha, sans jamais toucher un instrument, sans jamais chanter. La légende dit qu’il réservait sa voix pour les rituels. Il composait, imposait la cadence, gueulait ses directives, et confiait ensuite les arrangements et l’exécution à Clément Mélomé, le chef d’orchestre du Poly-Rythmo.
Analog Africa ressuscite ce corpus rarissime avec le sérieux qu’on leur connaît. Le résultat ? Un son chaud, viscéral, qui tient l’âme autant que le corps, qui fait s’entrelacer le groove vaudou et la cavacha béninoise, servi par un orchestre au sommet de sa forme.
Mais, malgré ça, Antoine Dougbé n’a pas eu la gloire qu’il méritait, il a disparu des radars dès le début des années 80, mais ses morceaux restent des claques. Du funk africain qui ne fait pas semblant, du mystique qui danse, du profane qui invoque. Alors… foncez sur cette anthologie, Antoine Dougbé et L’Orchestre Poly-Rythmo De Cotonou 1977 – 1982, mais attention tout de même, il reste encore un peu de magie sombre dedans !
Antoine Dougbé et L’Orchestre Poly-Rythmo De Cotonou 1977 – 1982 :
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