A Semblance: Of Return, le jazz comme position politique

En fait, on pourrait presque faire tenir A Semblance: Of Return, le nouvel album du batteur sud-africain Asher Gamedze, avec son projet A Semblance, en quatre mots, From Cape to Cairo. Une formule qui guide son travail depuis un moment déjà, que ce soit dans ses textes, notamment l’essai From Cape to Cairo / Outwith, comme dans ses collaborations, avec le musicien égyptien Maurice Louca par exemple, au sein de l’Another Time Ensemble. Une idée qui n’est pas née dans un studio de jazz ni dans un cercle panafricaniste éclairé, mais bien dans les fantasmes les plus crasseux de l’ère coloniale, relier le continent pour mieux l’exploiter, tracer une ligne droite sur des terres habitées, au détriments des peuples.

Sauf que les idées voyagent, se retournent, changent de camp. Ce Cape to Cairo, longtemps symbole d’expansion impériale, a aussi nourri un imaginaire panafricain, celui d’un continent relié, solidaire, en mouvement. Un rêve ancien, toujours vivant, même si, pour relier le Nord et le Sud, il faudra sans doute plus qu’une ligne de chemin de fer. L’actualité nous le rappelle assez brutalement, jusque dans les gradins des stades et les montées de fièvre identitaire qui suivent un simple match de football… hein les marocains ?!

Mais ici, il n’est pas question de football. Il est question de jazz, ou plutôt de ce que Gamedze préfère appeler black creative music. Et là-dessus, il sait exactement où il met les pieds.

Avec Of Return, Asher Gamedze ne signe pas un manifeste solitaire mais un lieu d’assemblée. Un salon, une répétition, un club à l’ombre, un espace de pensée collective. Entouré de complices de longue date, Nobuhle Ashanti, Ru Slayen, Zwide Ndwandwe, Keegan Steenkamp, il explore ce qu’il appelle des practices of assembly. Comment on se rassemble, comment on fait sonner le monde ensemble, comment on imagine des libertés anciennes et futures sans perdre l’ancrage local.

Musicalement, l’album avance avec une énergie tellurique, percussive, parfois rugueuse. Les grooves sont vécus, les improvisations ressemblent à des discussions, les voix surgissent comme des slogans murmurés. Des morceaux comme “Following Up” ou “War” ne cherchent pas l’effet spectaculaire, ils posent une position. Ici, la décolonisation n’est pas un thème, c’est un processus. Long. Inconfortable. Vital.

Of Return n’est pas un retour nostalgique, ni un départ héroïque. C’est une extension. Une main tendue depuis Le Cap vers d’autres géographies, d’autres luttes, d’autres corps en mouvement. Une musique qui pense sans cesser de faire danser. Et qui rappelle, sans détour, que le son peut encore être une forme d’engagement, intellectuel, physique, collectif.

A Semblance A Semblance: Of Return :

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