Et pendant ce temps dans le reste du monde #301

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Empanadas Ilegales « Elbis Cresli (La Cajita Feliz de) » // Canada

Avec « Elbis Cresli », Empanadas Ilegales ouvre son Laboratorio Tropical sur un mirage, un Elvis créolisé, souvenir bootleg lessivé par le soleil caribéen, moins icône que spectre d’un charisme manufacturé. Sous la boîte de fast-food et le clinquant, le groupe retrouve pourtant l’essentiel — l’attente d’un enfant, la promesse d’une magie dans le carton. La harpe d’Elisa Thorn y glisse une inquiétude de conte, tandis que la rythmique afro-colombienne tient la porte ouverte à un désordre joyeux.

lene 3000 « Lights off » // Norvège

lene 3000 – aka Lene Talgø – continue son petit manège entre witch house et pop alternative, et « Lights off » est une pure réussite, des beats de club qui pulsent, une ambiance d’automne qui te prend aux tripes, et un clip de Charlotte Dion qui mélange paysages norvégiens et sorcellerie numérique. L’album Greatest Swamp Hits est sorti ce 2 octobre via 10k Projects, et vu que Grimes, Duran Duran et The Stranglers ont déjà partagé son son, on se dit qu’elle est pas prête de s’arrêter. Bref, un morceau qui te déstabilise exprès, avec des paroles qui cassent le conte de fées… et c’est exactement pour ça qu’on aime.

Messie « Sicker Than Sick » // Nouvelle Zélande

« Sicker Than Sick » ne cherche pas à séduire. Il secoue. Messie y garde l’instinct du batteur, celui qui fait du rythme une matière vivante, et le jette dans un club hybride où breakbeat, garage et tension rave se croisent, et s’entremêlent. Avec Cola B et Salome, la productrice néo-zélandaise signe sur HARD Recs un titre nerveux, dense, légèrement inquiet, dont la force tient à un déséquilibre savamment entretenu. Extraite de l’EP Zone Three, cette pièce ne réchauffe pas la piste, elle la met sous tension.

Yr Knives « Stretch Bath » // USA

Sous le nom Yr Knives, Paul Karner a réuni Brian J Sulpizio, Douglas McCombs et Quin Kirchner pour créer « Stretch Bath », un objet sonore qui avance à grand renfort de guitares fuzzées et de batteries millimétrées. Mais ce qui frappe, c’est la tenue d’un groove élastique qui laisse les instruments glisser hors du cadre avant de les y ramener, comme une créature énorme qui manifesterait une précision presque maniaque. Ici, le rock et le jazz ne fusionnent pas, ils se parlent, s’écoutent, se contredisent parfois, et c’est dans cet écart que le morceau respire. Rien n’est sale, rien n’est flou ; la puissance est nette, le désordre est calculé, et l’improvisation devient moins une fuite qu’une manière de tenir debout. Imparable.

Nice Boat « Everybody’s Bored » // USA

Avec « Everybody’s Bored », Nice Boat transforme l’ennui en une matière électrique ! Une basse fuzzée qui avance dans un brinquebalement irrépressible, des claps clairsemés qui claquent dans le vide, un talk-singing sec qui dit tout sans jamais appuyer. C’est brut, c’est tendu, et pourtant chaque seconde respire une élégance étrange, celle d’un duo qui a bâti son premier album dans deux garages et qui, du fond de ce dépouillement, fait naître un groove nerveux, presque animal. Un morceau qui prend le pouls d’une époque où tout le monde s’ennuie et où personne ne s’écoute, sans jamais tomber dans la plainte, oui, juste ce qu’il faut de mordant, ce qu’il faut de jeu.

Nordic Groove Collective Obscura Noir// Norvège

On nous avait promis monts et merveilles avec ces mariages de genres qui accouchent souvent de souris, mais voilà que Nordic Groove Collective, dès l’ouverture de son Obscura Noir, nous glisse une tout autre étreinte, Pandemonium ne juxtapose pas les contraires, il les force à cohabiter dans une tension qui, loin de se résoudre, devient le sel de l’affaire. Guitares massives, logiques dub, électronique en expansion et le joik (chant traditionnel Sami) de Torgeir Vassvik – qui n’a rien d’un ornement folklorique – tissent un espace rituel où l’absence de mots n’est pas un manque mais un déplacement. Tout passe par la voix, la texture, le poids. On en sort avec l’impression rare d’avoir entendu une frontière se fissurer sans qu’on ait eu besoin de la forcer, et ça, dans le marasme des hybridations consensuelles, c’est déjà une petite déflagration.

Kennedy Jane Hill « We KAN » // USA

Sur son dernier titre « We KAN », la chanteuse américaine Kennedy Jane Hill nous propose de découvrir une jolie folk toute en tension, qui ne saurait se relâcher avant ses dernières secondes. Le KAN du titre ? Un peu comme un adolescent grave l’écorce d’un arbre, il s’agit là des initiales de Kennedy, Anthony et Nicole. Anthony et Nicole, deux amis chers, ont été présents pour la chanteuse lorsqu’elle traversait une période sombre, et c’est à eux qu’elle rend hommage ici avec cette chanson.

Maithili Raelle feat. Hiii Siddity « I Choose Me » // USA

« I Choose Me » ne pose pas de question, il tranche. Maithili Raelle y déploie une voix sensuelle et mélodieuse qui transforme le R&B contemporain — hérité des années 2000 — en espace de reconquête. Aux côtés de Hiii Siddity, dont le rap vient trouer la trame avec une aisance insolente, elle érige le choix de soi en geste souverain. Il y est moins question d’amour que de seuil, celui qu’on pose, celui qu’on ne franchit plus.

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