Et pendant ce temps dans le reste du monde #299

Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !

Mona et Toi Radical Romance of Mind // France, UK, Iran

Radical Romance of Mind, premier album de Mona et Toi, ne se contente pas de réchauffer la nostalgie grunge au micro-ondes du bon goût. La chanteuse française Alison Manicourt et le guitariste et producteur britannico-iranien Shervin Hejazi y font de l’amour-propre une matière instable, traversée de guitares précises, de silences cadrés et d’une voix qui négocie moins qu’elle ne tranche. Avec « I Want You Gone » en lame de fond, le duo donne au rejet une dignité presque clinique, sans jamais confondre fermeté et mépris. Entre Londres et Barcelone, ce disque raconte moins une guérison qu’un bras de fer élégant avec soi-même et impose une noirceur sensible, plus proche du cinéma que du simple revival.

FREND x SKV « Arcade Elevator » // UK

FREND et SKV signent avec « Arcade Elevator » un micro-hymne feel-good posé sur une catastrophe émotionnelle annoncée, l’amitié qui penche dangereusement vers autre chose. Tom Woods et Nic Rollo emballent ce vertige dans une synthpop claire, une bedroom pop ombreuse, et la voix de SKV y passe comme une confidence qu’on regrette déjà. On y croise Depeche Mode, The Weeknd, Artemas, mais surtout ce virage mal négocié entre « friends are friends, don’t get ideas » et un cœur qui n’en fait qu’à sa tête. C’est acide, lumineux, et cruellement bien vu.

The Active Set Death of a Friend // USA

Vingt ans à user les planches du rock indépendant sans jamais céder aux caprices d’une époque qui confondait déjà le style avec un filtre TikTok, voilà ce que The Active Set transforme en archéologie du refus avec Death of A Friend. Là où d’autres auraient négocié leur survie contre une once de tendance, le trio californien a préféré l’angle mort, cet interstice rugueux entre l’ambition art-rock et l’urgence moite des clubs, là où les guitares mordent sans jamais quémander. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce troisième album n’est pas une célébration, c’est un constat d’usure, une plongée dans ce qui reste quand la persévérance a depuis longtemps dévoré l’optimisme. Entre les changements de line-up, les pandémies, les deuils et les élans brisés, le groupe a composé moins un disque qu’un acte de résistance intime, treize titres qui refusent de confondre longévité et triomphe.

Brynja Rán « Don’t You Leave » // Islande

« Don’t You Leave » de Brynja Rán ne quémande pas l’attention, il la prend, avec cette désinvolture des grandes voix qui savent que la fragilité n’a pas besoin de crier. Quelque part entre une braise qu’on souffle et un adieu qu’on retarde, le morceau avance, charnu, légèrement éraflé, et impose une élégance sûre, celle qui ne se plaint pas, mais qui laisse des traces. On y entend moins une supplique qu’une sommation douce, et c’est précisément ce qui le rend impossible à congédier.

Adam Hill ft. Luisa Güiza « El Sueno » // Canada, Colombie

Il y a chez Adam Hill une manière de ne jamais choisir qui force le respect… Bassiste, compositeur, passeur de frontières, il débarque sur « El Sueño » comme on entre dans une pièce où la lumière change selon l’angle. Face à lui, Luisa Güiza, voix colombienne à la fragilité souveraine, qui chante en espagnol mais glisse vers l’anglais comme on change de langue pour dire l’essentiel autrement. Le titre avance sur une basse acoustique hypnotique, des claps et des snaps qui gardent le corps ancré, des textures électroniques discrètes qui ouvrent l’espace sans jamais l’écraser. Ce qui se joue ici n’est pas une fusion mais une conversation, le groove rencontre l’improvisation, la folk latine frôle le R&B alternatif.

Prinz Grizzley Tilda Lee (Processing a Loss) // Autriche

Des Alpes autrichiennes, où l’on tète l’Amérique comme d’autres l’ennui, Prinz Grizzley extrait un folk des Appalaches abrupt et poignant. Son EP « Tilda Lee (Processing a Loss) » n’est pas une politesse, c’est une autopsie. Un adolescent se tue, et le couple se brise sur la question du sens. Pendant que l’homme supplie sa femme de lâcher un peu Jésus pour le reprendre, lui, dans ses bras, le banjo tinte comme un glas et la pedal steel pleure ce que les mots ne disent plus. Un album concept sur sa grand-mère, soit, mais surtout un constat net, la douleur ne se partage pas, elle se porte.

Petit Biscuit « cinema (dream version) (Benny Benassi Cover) » // France

Que les adeptes de drops tonitruants et de synthés puissants rangent leurs lasers… Petit Biscuit ne s’attaque pas au « Cinema » de Benny Benassi… il l’investit ! Il lui ôte ses chaussures de club et l’invite à marcher sur un sol de brume. La mélodie reste intacte, mais elle avance en apesanteur, portée par des nappes ambient et une voix qui plane au dessus de la douce mêlée. On n’est plus dans la célébration, on est dans la réminiscence, le tube devient un climat, la fièvre un relief, et l’émotion une façon de fermer les yeux sans fuir. Élégant, cotonneux, jamais mièvre, voilà une « dream version » qui ne cherche ni à surpasser l’original ni à le momifier, mais à le laisser hanter un autre pan de la nuit.

Jordan Sand Baby Ghost // Norvège

Baby Ghost, premier album de Jordan Sand, est de ces disques qui ne cherchent pas à plaire, ils cherchent à hanter. La contrebasse y est archetée comme une gorge qui s’ouvre, la voix s’y fond en harmoniques spectrales, et l’improvisation, enregistrée d’un seul trait, sans maquillage ni retouche, avance avec la précision d’un rituel funèbre. On y parle de mourir sans jamais nommer la mort, mais plutôt de ce moment où les sens se dissolvent, où le corps devient écho, où le silence a des dents. Publié par Hallow Ground, cet album ne réchauffe pas, il éclaire. D’une lumière blafarde, certes, mais assez rare pour qu’on s’y arrête.

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