Tandis que nous traitons sur djolo.net des actualités culturelles africaines et caribéennes, les actualités musicales sont nombreuses dans le reste du monde, et dans cette rubrique simplement intitulée « Et pendant ce temps dans le reste du monde » nous vous proposons un bref tour de ce qui nous a plu cette semaine !
Nefilim « Melankoli » // Turquie
Nefilim débarque d’Ankara avec la fureur tranquille des groupes qui n’ont pas encore appris à arrondir les angles, et « Melankoli » agit comme une décharge électrique ! Deux minutes quarante de grunge, d’alt-rock et de skate-punk qui refusent obstinément de confondre tristesse et apitoiement. La mélancolie, ici, n’est pas une fatalité dont on guérit, c’est une émotion que l’on visite, que l’on exhume, que l’on réactive parce qu’elle seule sait encore faire sentir la vie avec intensité. Le morceau repose sur un paradoxe d’une intelligence rare, chanter l’attachement à une blessure avec une énergie qui donne envie de bouger, presque de sourire. La voix ne réclame pas l’impossible oubli, elle revendique une dépendance à ses propres émotions, quelque part entre mauvaise foi intime et lucidité crue. Derrière la nervosité des guitares et une production volontairement brute, Nefilim installe une idée dérangeante, le souvenir n’est plus un tombeau, c’est un carburant… et manifestement, le moteur tourne très bien avec.
Don Diablo x A$AP Ferg « Plain Jane » // Pays-Bas, USA
Il y a des armes de destruction massive qui s’ignorent. Conçue dans l’ombre des tournées saoudiennes comme un simple projectile pour DJ sets, cette relecture de « Plain Jane » a fini par s’extraire de la clandestinité à force de faire plier les dancefloors. Don Diablo et A$AP Ferg signent ici moins une collaboration qu’une collision d’orbites : d’un côté, la production taillée pour le club du Néerlandais, de l’autre, le flow élastique d’une légende de Harlem qui refuse de se poser. Le résultat n’a rien d’un compromis mou, c’est une tension magnétique où l’électro sert de tremplin au hip-hop sans jamais le domestiquer.
Montell2099 « ME&YOU » & « BACKAGAIN » // Nouvelle-Zélande
Le producteur néo-zélandais Montell2099 ne sort pas deux titres, il pose deux coups de poing dans un gant de velours. « ME&YOU » s’avance comme une confidence que la basse finit par trahir, tout en tension douce et en mélancolie dansante. « BACKAGAIN », lui, ne demande pas la permission, il revient avec la mâchoire serrée, les néons dans le rétro et une urgence qui ne s’excuse pas. L’un frôle l’intime sans quitter la piste, l’autre transforme le retour en posture. Deux façons de faire bouger les corps, une même élégance dans la frappe. Et si le dancefloor pouvait rougir, il le ferait.
Issy « Mannequin Man » // USA
Le mannequin, figure de cire et de vide, devient sous la plume d’ISSY le miroir d’un désir qui précède l’être aimé. À Baton Rouge, on sait que l’amour se joue parfois avant même que l’autre existe, et « Mannequin Man » transforme cette illusion en comédie romantique où les guitares nerveuses et les synthés lumineux habillent un fantasme qui n’a pas encore trouvé son visage. Une bague, un voyage, un avenir entier : tout se projette sur un inconnu, et la chanson, malicieuse, s’amuse de cette accélération sans jamais juger. On y rit d’avoir badigeonné de rêves un mannequin de chair, mais on y reconnaît surtout cette innocence féroce qui consiste à tomber amoureux d’une fiction avant d’en avoir vérifié la réalité. Un titre qui préfère danser dans l’illusion plutôt que de la dissiper, et c’est précisément là son élégance.
Manon Mullener « Figuraciones (Solo) – Live at Théâtre de l’Alhambra » // Suisse
De Fribourg à La Havane… c’est le sublime grand écart que la pianiste suisse Manon Mullener parvient à exécuter avec brio, que ce soit sur album ou sur scène, comme ici avec cette réinterprétation éloquente de « Figuraciones », du compositeur cubain Ernan López-Nussa. C’est à 17 ans, alors qu’elle étudie à La Havane, qu’elle tombe amoureuse de cette pièce, qu’elle n’a cessé de jouer sur scène depuis. Sa relecture personnelle, nourrie de jazz, de musique latine et de mélodies de sa Suisse natale, en révèle toute la richesse et prolonge ce dialogue musical entre Fribourg et Cuba.
Shibuuya! « Step 44 ft. CHiLi GiRL » // France, Japon
Jazz et manga font bon ménage avec le trio français Shibuuya! Dans un esprit complètement libéré de toute contrainte de style, sur son dernier titre « Step 44 », le trio balance pêle-mêle des riffs de synthés fusion, des cadences de batterie incisives, des rythmes syncopés, des basses puissantes, et… pour être sûr que le Japon soit au centre de l’œuvre, Shibuuya! invite ici l’artiste japonaise CHiLi GiRL aka Shinobu Kawashima et son shamisen ! Ce titre est une prémisse d’un album à venir, Beat’em’all, qui devrait débarquer en décembre prochain.
Koen Holtkamp Nightlife // Pays Bas, USA
Il y a dans l’ambient une tentation de l’apesanteur, de créer un refuge qui flotte sans jamais atterrir. Koen Holtkamp, lui, a choisi de quitter Brooklyn pour la Hudson Valley, et l’on entend ce déménagement dans Nightlife comme on devine une lumière différente à travers une fenêtre. Le multi-instrumentiste y convoque Greg Fox, Matt Bauder et Ben Vida, mais refuse la cohésion facile du groupe, chaque élément respire dans sa propre pièce, clinique et organique à la fois, comme si l’électronique avait soudain des doigts. Née de sessions nocturnes érigées en rituel, cette musique ne cherche ni l’épiphanie ni la secousse, elle préfère l’attention au vacarme, la texture au geste, et ce n’est pas la moindre de ses élégantes subversions.
Kin Hana Howling World // USA
Il y a dans le drone-folk de Kin Hana, alias Aaron Hodges, une manière de tenir le monde à distance tout en le dévorant à pleines dents, oui, comme cette jeune fille de Magritte qui détourne le regard et engloutit pourtant l’oiseau. Howling World, son deuxième album sous ce nom après des années de silence sous d’autres cieux, avance ainsi, une intimité à vif, voix et guitare nylon, mais où grondent sous la surface des relents de doom et de post-rock, des éclats de feedback qui crèvent la brume comme une lune crescent dans un néant crépusculaire. On y entend le tonnerre d’une fin du monde, le désir d’un voyageur solitaire qui se demande, dans « Maze of Dreams », s’il reste quelqu’un comme lui. Ce n’est pas de la nostalgie… non, c’est une prière pour l’apocalypse, élégante et sans concession, où chaque silence porte la promesse d’une déchirure.
… n’attendez plus pour faire ce que vous voulez faire, et suivez-nous sur nos réseaux !
