Yene Mircha, quand Hailu Mergia fait le choix de toujours se reinventer

Quand il presse le soufflet de son accordéon, quand il pianote les touches blanches et noires de son clavier ou de son synthétiseur, ce n’est pas seulement des sons qui en sortent, mais c’est tout une histoire qui se dessine, et tout un pays qui vibre… mieux même, maintenant c’est le monde entier qui peut trembler sous les doigts d’un des plus emblématiques artistes éthiopiens encore en exercice… Hailu Mergia ! Alors quand l’illustre maestro annonce la sortie d’un album, Yene Mircha chez Awesome Tapes From Africa, le 27 mars prochain… l’on ne peut répondre que présent !

Et quelle histoire que celle de Hailu Mergia, le gamin des rues d’Addis Abeba qui dans les années 60 a grandi au son des traditions musicales des différentes communautés éthiopiennes qui peuplent la capitale, et qui a appris à jouer tout seul de l’accordéon. Hailu Mergia, le jeune homme qui derrière le clavier de son orgue déchaîne les foules dans les années 70 au son d’un ethio-funk dément, et qui enchaîne les tournées avec le Walias Band, et pave la route de l’âge d’or de l’éthiojazz. Hailu Mergia, celui qui, pour se jouer de la censure de la dictature qui regarde de très près, de trop près les textes de toutes les chansons qui sortent, décide de sortir un disque entièrement instrumental, en 1977, Tche Belew, encore aujourd’hui considéré comme une des œuvres majeures du genre.

Hailu Mergia, la star, qui, dans les années 80, au détour d’une tournée américaine, décide de ne pas rentrer ; l’Éthiopie est alors rongée par la guerre, la famine et la dictature de Mengistu. Hailu Mergia, l’homme exilé qui s’enferme dans un studio en 1985 avec un synthétiseur, un orgue, une boîte à rythmes, et l’instrument de son enfance, l’accordéon, et enregistre le très beau et nostalgique Hailu Mergia & His Classical Instrument, qui ne sortira d’abord qu’en cassette en Éthiopie, mais qui lui vaudra d’être redécouvert par le monde entier en 2013 quand le label Awesome Tapes From Africa le rééditera. Hailu Mergia, la légende oubliée qui pendant les années 90 ne jouera du synthé plus que dans de petites fêtes et mariages, et en attendant le client, derrière le volant son taxi, celui qu’il a conduit pendant des années dans les rues de Washington.

Hailu Mergia, la légende retrouvée, celle qui fut d’abord rééditée par Awesome Tapes From Africa, puis qui, soutenu par le label, reprendra le chemin des studios, pour sortir en 2018 l’assourdissant, l’électrique Lala Belu. Un disque qu’il portera avec un trio résolument jazz, et qui lui permettra de renouer avec la scène, et aussi de se mettre à mi-temps seulement, dans son activité de taxi !

Aujourd’hui, sur ce Yene Mircha à venir, Haliu Mergia conserve le cœur du trio jazz, clavier, basse, batterie, mais invite à graviter autour de celui-ci bon nombre d’invités. Certains sont issus de la même historique scène ethio-jazz comme la chanteuse Tsehay Kassa, le saxophoniste Moges Habte, ou le joueur de masenqo, Setegn Atenaw ; et d’autres venants du jazz comme le tromboniste Ben Hall, ou le guitariste Mike Ault. Et, une fois de plus, la sauce prend, si l’on peut se permettre la trivialité, et le musicien, aujourd’hui âgé de 74 ans, arrive à se réinventer une fois de plus, et à nous embarquer dans un voyage musical aux confins de l’ethiojazz, du jazz, en longeant les marges du psychédélisme et du rock !

C’est son choix, Yene Mircha, et notre choix, enfin le 27 mars ! En attendant, on profite d’un premier extrait de ce disque avec « Abichu Nega Nega », un morceau traditionnel réarrangé par les soins du maître, Hailu Mergia !

Hailu Mergia – “Abichu Nega Nega” :

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