We Are an Island, but We’re Not Alone, un vibrant message comorien

Oui, on en a parlé il n’y a pas longtemps, mais il faut croire que le garçon à une réactivité et une créativité qui nous dépasse, Ian Brennan, toujours le même, le producteur américain capable de nous ouvrir les tentes de Tinariwen comme les portes des prisons du Malawi, capables de nous faire ressentir la pulsation du cœur d’une sorcière ghanéenne, comme celui d’un fermier rwandais… eh bah il est déjà de retour, avec un projet qui l’a conduit sur des rivages lointains, ceux de l’archipel des Comores (oui les Comores pour beaucoup d’entre nous c’est lointain, Ian Brennan a du prendre pas moins de 6 avions pour s’y rendre), et qu’il nous partage par le biais de, devinez ?! oui d’un album, signé Comorian et joliment intitulé We Are an Island, but We’re Not Alone.

6 vols pour arriver sur l’archipel ! Et si ce n’était là que la seule difficulté rencontrée par l’explorateur musical ! Une fois atterri, après avoir fait connaissance avec les routes parfois chahuteuses de la principale île, la nonchalance tranquille des habitants, et les pirogues des pêcheurs, Ian Brennan est parti à la recherche de son Graal, ce pourquoi il a fait toute cette route, un ndzumara ! Quoi ? C’est quoi un ndzumara ? C’est une flûte à anche double, un genre de hautbois primitif, que l’on peut appelle aussi la flûte de bois Mahoraise (oui, pour ceux qui l’ignore, Mayotte se situe dans l’archipel des Comores, et faisait même partie des Comores avant de devenir un territoire français, par une méthode qui a pu laissé une amertume dans la bouche de certains, et que l’on vous laissera aller découvrir par vous même), mais à vrai dire peut importe ce qu’est un ndzumara, puisque vous ne l’entendrez pas ici, et vous ne l’entendrez peut-être plus jamais. Après quelques recherches infructueuses, il a finalement trouvé quelqu’un pour lui répondre au sujet de l’instrument… « il est mort », oui, c’est là la tristesse de la chose, mais il semblerait que le dernier joueur de ndzumara de Grande Comore soit mort, emportant dans la tombe les secrets anciens de la vibration de l’instrument.

Bon… que faire, eh bien, chercher de nouveaux musiciens ! Après être passé des mains d’un Hassain aux mains d’un autre Hassain, Ian Brenna fut dirigé finalement vers un musicien, qui finalement l’orientera vers un autre musicien, qui fut son mentor… et voilà, après trois paragraphes pour nous, et une longue et hasardeuse recherche pour Brennan, il rencontre enfin les acteurs principaux de ce disque, les fameux Comorian, Soubi et Mmadi. Et voilà tout est bien qui finit bien…

Vraiment ? Bien sûr que non ! N’ayant nul endroit où aller pour enregistrer, Ian Brennan et les musiciens ont finalement trouvé refuge des vents côtiers, dans… oui dans une de ces vieilles carcasses de voitures qui sont jonchées sur les bords des routes aux Comores, allant comme ça bien au-delà du dicton qui dit que pour éprouver le mixage définitif d’une chanson il faut l’écouter en voiture… et la photo de la pochette du disque en témoigne ! Et après une longue session d’enregistrement, alors qu’il commençait à pleuvoir, et que Ian Brennan avait déjà commencé à remballer son matos, Soubi et Mmadi se sont décidés à livrer leur plus belle chanson, obligeant le producteur américain à dégainer au plus vite un appareil d’enregistrement, en se tenant debout sous la pluie, sous le regard perplexe d’un voisin finissant sa cigarette sur le pas de sa porte. Et voilà tout est bien qui finit bien… non, toujours pas, l’appareil utilisé pour enregistré cette belle et ultime chanson a rendu l’âme, noyé par la pluie comoraise et emportant cet enregistrement dans son trépas.

Mais peut importe la difficulté de l’expérience, tout est bien qui fini bien quand même, et là on le dit sans amusement ! Ian Brennan, Soubi et Mmadi, réussissent, avec ce disque qui devrait sorti chez Glitterbeat Records début mai, We Are an Island, but We’re Not Alone, à nous faire découvrir un peu des grooves et des mélodies profondes de ces îles de la Lune, un peu de musique de cet archipel trop peu connu. Ils réussissent à nous emmener à ce carrefour de cordes, celles des N’dzézé (ou ndzendze) et du gambussi, à ce carrefour de voix, et à ce carrefour des civilisations, petit carrefour perdu dans l’océan indien, mais pas seul, les Comores.

Comorian – We Are an Island, but We’re Not Alone :

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