L’instant vinyle : 63. Nha Terra Cabo-Verde de Bana

Bienvenue dans ce nouvel épisode de notre série « L’instant vinyle », cette rubrique dédiée aux pépites du passé, où nous dépoussiérons et partageons avec vous des disques de notre collection. Et pour ce soixante-troisième opus, nous quittons le Sénégal (cf. l’instant vinyle n° 62), pour nous rendre sur les rivages du Cap-Vert, et y découvrir le disque Nha Terra Cabo-Verde de Bana.

Le roi de la morna, c’est comme ça que l’on appelait le chanteur cap-verdien Bana. Ce géant de 2 mètres de haut était tout autant le pire des roublards, qu’une légende de la musique cap-verdienne. Son parcours est une lutte pour la vie qui écorne la vision romantique du héros, un peu à l’image de sa musique, un roman fait de drame et de succès, toujours guidé par une pulsion vitale sans pareil. Né en 1932 dans les bas-fonds et la misère, enfant, Bana, de son vrai nom Adriano Gonçalves, était un va-nu-pieds de Mindelo. Un parmi tant d’autres, des enfants jetés avec fracas dans la vie d’un archipel fébrile vivant à la croisée des routes maritimes, et alors sous le joug d’une occupation portugaise plus intéressée par le bon fonctionnement du port, que par les conditions de vie de la population, ou du développement économique des iles (entre 1941 et 1948 des famines entraine le décès de près d’un tiers de la population de l’archipel, dans la plus grande indifférence du Portugal). Sa grande taille permit au jeune Bana de fréquenter très tôt les établissements de nuit de Mindelo, et de frayer avec le monde de la musique ; à 14ans il commença à se produire dans les rades de Mindelo, ou ses pieds nus ne rebutent pas les tenanciers. Il devint le garde du corps et l’homme à tout faire de Beleza, un poète et musicien de renom, qui contribua à structurer la morna contemporaine ; et c’est celui-là qui initiera le jeune chanteur au secret du genre.

Avec sa voix grave sublime, et sa manière bien à lui de laisser trainer certaines notes, et de susciter l’émotion, il ne tarda pas à se faire remarquer, notamment par le poète portugais anti-salazariste Manuel Alegre, et l’écrivain Fernando Assis Pacheco, de passage sur l’archipel lors d’un déplacement de l’ensemble musical de l’Université de Coimbra. Voulant aller tenter sa chance au Portugal, Bana prit la mer, mais il lui fallut pas moins de dix ans pour gagner Lisbonne. Il passera par Dakar et Paris, avant de se rendre à Rotterdam, ou il travaillera avec la diaspora cap-verdienne, nombreuse là bas ; notamment avec un certain Luis Morais, clarinettiste et chef d’orchestre avec lequel il enregistra en 1965 le disque qui nous intéresse aujourd’hui, Nha Terra Cabo-Verde, le premier et l’un des plus importants de sa carrière. En compagnie du clarinettiste et de l’orchestre Os Verdianos, sur dix titres il magnifie des compositions de morna ou de coladeira signé par Luiz Morais, ou encore par son défunt maitre, Beleza.

Par la suite, Bana arrivera enfin à Lisbonne où il ouvrit un restaurant, il chantera également pour les autorités portugaises, ce qui lui valut à l’indépendance du Cap-Vert de rester pendant quelques années en froid avec le nouveau pouvoir. Mais après des excuses et de nombreuses années d’exil, il rentrera au Cap-Vert. Jouissant d’une grande notoriété, il prendra sous son aile de nombreux artistes, dont Césaria Évora ; ce fut d’ailleurs lui qui, le premier, lui fit quitter l’archipel et enregistrer un disque. Mais beaucoup de ces artistes eurent à redire de ces mécénats parfois plus lucratifs pour le mécène que pour le protégé ; contrat sur un coin de table, cachets approximatifs… Mais peut-être est-ce là qu’un ancien réflexe d’enfant pauvre qui prend quand il peut prendre.

La carrière de Bana s’est arrêtée en 2008 après un AVC. Il décédera le 13 juillet 2013, mais restera à jamais gravé dans la mémoire musicale de sa terre, le Cap-Vert.

 

Bana – Nha Terra Cabo-Verde :

Tracklist :
1. Fidjo De Ninguem
2. Sampadjura
3. Talves
4. Terezinha
5. Nossa Senhora Da Fatima
6. Sina De Cabo-Verde
7. Prigosinha
8. Anildo Morais
9. Lua Nha Testemunha
10. Aviadora

 

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