Lingo Seini et son groupe nous initient à la Musique Hauka

Sobrement intitulé Musique Hauka, la prochaine parution du label Sahel Sounds et du maître nigérien Lingo Seini et son groupe, nous plonge dans un univers mystique et spirituel singulier qui est né au début du siècle dernier dans certaines régions de l’arrière-pays nigérien.

En fait pour bien parler de ce disque de Lingo Seini, qui est en fait la bande-son d’une cérémonie hauka (ou haouka), il nous faut remonter jusqu’au 19e siècle et parler du pays des Mawrie et des Sudie, au Niger, deux groupes ethniques parents des haoussas, à la différence que, ceux-là, résistant aux tentatives d’annexion de l’Empire peul de Sokoto, et aux différentes incursions touarègues, n’ont que très peu été en contact avec l’islam, et ont conservé une structure sociétale ancienne, animiste, et acéphale, basée sur une pluralité de clans, et une dualité entre pouvoir politique et religieux… Un équilibre fragile, épuisé par la guerre avec les peuls, et inquiété par les incursions de chefs de guerre venus du sud, fuyant l’avancée coloniale, mais un équilibre tout de même. Et puis… et puis il y a eu les Français !

Lorsque l’administration coloniale française a fini par arriver dans ses régions de l’Arewa et du Kurfey… elle n’a pas compris cet équilibre, et c’est employé à mettre en place des chefferies qui n’avait de traditionnelles que le nom, et qui omettait totalement la dualité avec le pouvoir religieux… Oui l’introduction est plutôt longue, mais c’est pour planter le décor de la naissance des hauka, et pour bien comprendre que c’est un cataclysme qui s’est abattu sur les peuples de ces régions, déjà fatigué par la guerre. Ces populations très solidement ancrées dans une vision du monde animiste, c’est à dire où tout, vraiment tout, est lié à des esprits, la brousse, la récolte, la rivière, les lacs, etc… et que donc la vie n’est qu’une composition de rituels pour obtenir ici une récolte, là l’amélioration de telles ou telle de ces performances (oui, sexuelles aussi), se voient du jour au lendemain confrontées à une société (française et coloniale) radicalement différente de la leur, ou plutôt des leurs, et qui plus est jouissant d’une « force » hors du commun.

Et c’est là que naissent les hauka ! Quoi ? Comment ? Qu’est ce que c’est ? Ce sont des sectes qui, dans cette poudrière tant sociétale que spirituelle, ont tenté de rétablir l’équilibre, et de comprendre cette force hors du commun. Ils sont déjà entrés en rébellion contre ces chefferies « traditionnelles » à la solde des Français, et puis, pour tenter de s’approprier cette « force » des Français, qui, dans leurs esprits, ne pouvait être du qu’à des esprits jouissants d’une puissance redoutable, ils ont commencé à imiter, à singer cette nouvelle société. C’est pourquoi, dans des cérémonies particulièrement spectaculaires, dont une a été immortalisée sur la pellicule de l’ethnologue Jean Rouch, avec son film les Maîtres Fous de 1955 (que vous avez ci-dessus), les haouka convoquent les esprits des colons et de cette bruyante et folle modernité arrivée à leurs portes. Dans ces cérémonies, les haouka rentrent en transe, et se font posséder par ces esprits qui s’appellent Gouverneur, Captain Salama, Conducteur de locomotive, Captain Marseille, ou encore Sergent Kadri, et là, après s’être acquittés du prix du sacrifice d’un poulet, d’un chien, ou d’un mouton, ils deviennent invulnérable, comme les Français. Au son entêtant des calebasses mimant les tambours militaires, et guidés par le son aigre du kontigi, petit luth haoussa à une corde, les possédés, la bave aux lèvres, convulsent, adoptent des démarches extravagantes, se frappent, laissent courir la flamme sur leur corps, ce qui leurs vaut aussi l’appellation de babule, génie du feu, plongent leurs mains dans l’eau bouillante, comme documenté par Rouch, ou encore avalent des braises.

Si l’usage de la transe peut être relativement courant dans les cérémonies anciennes haoussa, son utilisation systématique, et adjointe à ce registre moderne nouveau, se démarque chez les haouka, et, est le signe de l’état de crise profonde dans lequel était plongé les sociétés traditionnelles d’alors. Malgré les répressions des premiers mouvements de contestation haouka au Niger, le mouvement s’est en fait propagé à d’autres communautés, notamment chez les songhaï, chez les zarma, et a servi, d’une certaine manière de tampon entre deux mondes très différents.

C’est donc cette musique lancinante et cérémonielle, chargée d’une puissance spirituelle comme historique que nous fait découvrir ici Lingo Seini, disciple de son père, et maître de son fils, qui l’accompagne à la calebasse sur ce disque. Le disque sort le 24 juillet chez Sahel Sounds, mais on en découvre un premier titre ci-dessous, ainsi que quelques vidéos Lingo Seini et son groupe.

Lingo Seini et son groupe – Musique Hauka :

Lingo Seini – Hauka Group pt 1 :

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