L’entretien : KOKOKO! le groupe kinois qui n’a pas fini de faire parler de lui

“Notre musique vient de l’ambiance des rues de Kinshasa, de la frustration, et de la colère.”

KOKOKO!, c’est la bombe électro qui, fort de son premier album Fongola, a enflammé les scènes mondiales cet été. Armé d’instruments fabriqués avec de la récup’, le groupe s’inspire des sons des rues de Kinshasa, des histoires de leurs ancêtres et de la scène artistique bouillonnante du Congo, pour élaborer leurs sonorités explosives. Makara Bianko – alias “Boule d’ambianceur”, Dido Oweke, Boms Bomolo, Bovic et Debruit, se veulent novateurs, bien loin de la rumba traditionnelle ou du Ndombolo.

Nous avons rencontré Boms, Makara et Debruit, au festival WorldWide à Sète, qui se préparaient à donner une représentation incroyable dans le cadre magique du Théâtre de la mer. Ils nous parlent des vendeurs de rues, de la musique d’église, de la censure et de l’effervescence créative de “Kin”. A la rencontre d’un groupe qui n’a pas fini de faire parler de lui et qui prévoit de travailler sur des nouveaux EPs.

Trois dates à retenir :
Le 03 Décembre au Grand Mix à Tourcoing
Le 04 Décembre à Botanique à Bruxelles
Le 07 Décembre à la à la Gaîté Lyrique à Paris

L’entretien :

D’où vous vient la musique ?

Makara : J’ai commencé à chanter dans le ventre de ma mère ! (rires) J’habite à Kinshasa mais je suis du Bas-Congo. Chez moi on est mécanicien de père en fils, je suis le musicien de la famille.

Boms : Le quartier où j’ai grandi, Ngwaka, est plein d’artistes. Mon enfance c’était école, musique, école, musique et ainsi de suite. J’ai cherché du boulot, mais comme il n’y en avait pas, j’ai continué la musique.

Debruit : J’ai grandi en Bretagne, ça fait dix ans que je fais de la musique électronique. J’ai déjà eu des projets en Turquie avec la musique rock psychédélique ou avec une chanteuse du Soudan. Aujourd’hui, je m’intéresse au Congo. Nos origines diverses font qu’il y a plein de langues dans l’album, Kikongo, Lingala, Français…

Comment vous définissez-vous ?

Bakara : Nous sommes un mélange. C’est pas un style de vieux, c’est novateur. Moi je travaille en zagué, Boms, il fait la techno qui twingue, Xavier Debruit il fait DJ.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Debruit : Je suis arrivé au Congo sur l’invitation de Renaud Barret. Il voulait que je vienne voir la scène musicale. J’y ai rencontré Boms et Makara. On a commencé à jouer ensemble sur une parcelle à Beau Marché. J’ai branché ma boîte à rythmes, Makara est monté sur la table pour chanter. Les performeurs sont venus voir ce qui se passait. Ça a directement pris ! Au début on avait pas de studios d’enregistrement. On l’a fabriqué avec de trucs de récup, des mousses de matelas par exemple. Derrière, on a sorti notre premier album et plein d’EPs.

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Où trouvez-vous vos inspirations ?

Makara : On les trouve chez nous, à Kinshasa, chez nos ancêtres. Quand je retourne au village, au Bas-Congo, je parle avec mes grands pères et mes grands mères, ça m’inspire.

Boms : Chez nous, à Kinshasa, il y a plein de bruit. Les églises qui mettent le son fort. Les gens qui marchent, parlent, crient comme dans un marché. S’il y a dix terrasses, il y a dix sound systems différents. Et chaque vendeur a un signal différent pour attirer les gens. Le vendeur de vernis, le vendeur de pétrole ou le vendeur de cartes mémoires. Ça fait comme des boucles, que je reprends dans la musique.

Comment concevez-vous vos instruments ?

Boms : On récupère des objets qui ont une résonance. Avec ça, on fabrique un instrument à vent, un instrument à cordes. Pour chaque concert on en a de nouveaux. Aujourd’hui c’est des casseroles et des boîtes en métal. Ce qui est dommage, c’est qu’il y en a certains qui sont tellement gros qu’on ne peut pas les prendre dans l’avion. (rires)

Debruit : L’équipe de Boms teste les objets seuls ou assemblés. On utilise un vieux téléphone, parce que les touches 1 à 9 reproduisent des notes de musique. Si ça colle, et s’il y a un potentiel de résonance, ça deviendra un instrument. Ça nous permet d’éviter de ramasser des trucs trop lourds qui ne nous serviront à rien.

Quelle est l’ambiance artistique dans les rues de Kin ?

Makara : Pour faire écouter aux gens autre chose que la Rumba, le RnB, et le Ndombolo c’est compliqué ! Mais dans le ghetto, il y a plein de talents cachés qui seraient aussi connus que nous si on avait des producteurs et des managers. Malheureusement, il n’y en a pas chez nous. Ça serait bien que le gouvernement fasse quelque chose pour valoriser cet immense réservoir à talents, parce que pour le moment c’est mort.

Boms : Il y en a des tonnes des bons musiciens à Kinshasa. Mais pas mal travaillent pour des églises. C’est le cas de mon grand frère qui s’y est résolu quand il a vu que la Rumba et le Ndombolo ne payeraient pas ses factures.

Debruit : C’est vrai, dans les magasins de micros, il n’y a que des pasteurs !

KOKOKO!, c’est aussi un collectif beaucoup plus large. Qui sont les artistes qui vous entourent ?

Makara : Aujourd’hui on voyage à quatre, mais on est tellement à Kinshasa ! Il y a plein d’autres artistes, comme les “japonais”, qui sont des sapeurs, très classes, tout en noir. Il y a aussi des performeurs ou des stylistes. Et tout le monde fait de tout. KOKOKO!, ça marche avec beaucoup de gars, mais on peut pas avoir de visas pour tout le monde. On voudrait qu’ils viennent avec nous, on pourrait remplir un avion Congo Airways et les scènes du monde entier.

Doms : C’est comme une scène artistique élargie, avec des gars plus ou moins proches du groupe. Il y a un film qui va sortir, “System K” de Renaud Barret qui parle de ces performeurs qui disent avec leur art les choses qu’il ne peuvent pas dire autrement, parce que ça serait trop dangereux.

Votre musique est-elle politique ?

Debruit : La musique vient sûrement de l’ambiance du pays, de la frustration. Dans les chansons, il peut y a avoir des références cachées, des mots qu’on utilise qui ressemblent à des mots qu’on a pas le droit de dire. Mais parler politique c’est dangereux. Il y a des gens qui disparaissent et tu ne les revois jamais. On a un ami, personne ne sait où il est.

Comment vous sentez-vous sur la scène européenne ?

Makara : A Kinshasa, je travaillais au Couloir de Bercy six jours par semaine. Il y a des répétitions publiques ou des petits concerts, mais ça n’a rien à voir avec ici ! Les scènes européennes sont dingues. Et puis même si on joue dans un endroit calme ou avec des vieux, notre devoir c’est de les faire danser ! L’Europe, c’est chaud !

Debruit : Jouer en concert ensemble, ça nous permet de structurer nos sons. On a déjà de quoi faire un deuxième album, mais on a envie de prendre le temps, la scène nous donne aussi des idées. Et il faut aussi qu’on s’habitue les uns aux autres !

Et pour la suite ?

Debruit : On va continuer à présenter l’album sur scène, parce que tout le monde ne le connaît pas. On est invité jusqu’à mi-décembre pour des concerts, en France, au Brésil, au Japon. Le rêve, ça serait d’amener d’autres personnes, pour avoir l’ambiance totale de Kinshasa !

Entretien mené par Sophie Bourlet

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