Citation du jour : Naguib Mahfouz, écrivain égyptien

“Je retrouvai l’amertume de ma vie passée et songeai que je ne connaîtrais de paix véritable que lorsque j’aurais tranché tout lien d’avec mes semblables. Mais je ruminai mes peines en silence, étant habitué à me plier aux exigences d’un cœur endolori, oppressé, et d’une rage contenue. Mon calvaire perdurait ; je ne savais comment changer le cours de mon existence et étais sans espoir de répit, fût-il passager. Elève, je m’armais de patience en songeant que l’école finirait un jour et que je deviendrais un homme libre et responsable ; mais désormais je n’avais devant moi qu’un avenir sombre et amer dont seul la mort triompherait. Oui, je compris que je ne connaîtrais jamais la paix et serais toujours hanté par le désir de fuir. Mais fuirais-je cette fois ? L’essence de mon calvaire ne résidait pas seulement dans mon impuissance devant les obstacles, mais dans ma propension à les grossir et les exagérer, et je me livrais une impitoyable guerre des nerfs. Si la réalité déplaisait à mon âme, je ne faisais rien pour y remédier. Je ne connaissais ni la philosophie du plaisir ni celle de l’indifférence, ignorais celle de la force et de la rébellion ; lorsque quelque chose m’était insupportable_ or l’univers entier m’était insupportable_ mon imagination malade faisait d’un grain de sable une montagne ; confronté à un problème, je feignais la patience, mais mon âme se repliait sur une tristesse mortelle et une anxiété assassine. C’est ainsi que je découvrais partout des ennemis, réels ou imaginaires. Les élèves et les professeurs étaient mes ennemis d’hier, mes collègues de bureau ceux de demain.”

Chimères – Naguib Mahfouz

 

PS : Naguib Mahfouz est un auteur majeur du monde arabe, il est d’ailleurs le premier a être récompensé du prix Nobel de littérature, le 13 octobre 1988.

 

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