Ambiance d’Hammamet : Ré-Existence de Nawel Skandrani, la danse pour salut

Lorsque l’on s’est rendu au Centre Culturel de Hammamet, où était joué le spectacle de danse contemporaine de Nawel Skandrani, intitulé Ré-Existence, l’on doit bien vous avouer que l’espace d’un instant, l’idée, ou plutôt la crainte d’assister à une énième démonstration masturbatoire du néant artistique qui habite parfois ce genre d’œuvre — ce genre d’œuvre ? Si, vous savez bien, ces gesticulations absurdes… ah, non je crois qu’il est aujourd’hui plus convenu de dire abstraites, qui lorsque l’on n’a pas les quinze pages de manuel pour nous expliquer a quel point le spectacle est génial, s’avère juste être un gag pour un quelconque zapping internet ou TV — mais ici, il n’en sera rien ! Et ce serait même plutôt le contraire ! Le spectacle Ré-Existence est très habilement porté par un message qui court de bout en bout de la représentation, par une mise en scène de grande qualité, et par une musique sublime.

La musique, parlons-en ! Si souvent les spectacles de danse contemporaine sont rythmés par des bandes sonores saccadées, aux écueils faussement électroniques… pour faire moderne, et en aucun cas réalisées par des musiciens dignes de ce nom, ce soir il en fut, une fois encore, tout autrement. Sur le côté de la scène se tenait un guitariste barbu, qui tout du long des quelques 1h20 de la représentation a mis en musique les mouvements des chorégraphes, distillant un genre de folk blues sombre et sensuel, tirant autant vers la moiteur de la Louisiane, que vers la brulure du Sahara. En fait pour vous donner une idée, il serait le candidat idéal pour enregistrer la bande-son de la Saison 3 de la série True Detective… enfin s’ils viennent la tourner du côté de Gafsa ! Pour revenir à celui qui se cache derrière sa barbe, il s’appelle Jawhar Basti et vous pouvez retrouver son excellent dernier album Winrah Marah, ici !

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La mise en scène. Pour sublimer le jeu des danseurs qui, il est vrai sont pour beaucoup encore un peu amateur, Nawel Skandrani aidé par l’italien Sergio Gazzio mets en place tout un système de jeux de lumière et de projections de vidéos, sur le fond, comme sur la scène, et même parfois sur les danseurs eux-mêmes.

Le message. La liberté, la liberté de vivre, de s’exprimer, de créer, de choisir, de danser… c’est peut-être ça l’essence de ce spectacle. Mais plutôt que de s’arrêter à ce simple idéal qui, présenté comme cela, pourrait tout aussi bien servir de synopsis à la dernière comédie musicale Walt Disney, Nawel Skandrani s’enfonce un peu plus loin dans cette idée d’être malgré la pesanteur sociale ou politique, en nous présentant par le biais d’une série de portraits, les parcours des personnages interprétés par les différents danseurs. Ainsi elle dépeint les contours aliénant d’une Tunisie post-révolutionnaire qui n’arrive plus à trouver son souffle, et qui danse avec fébrilité au bord du gouffre, ou l’attend la folie, la médiocrité, la corruption, la pression sociale, l’archaïsme… et tous ces maux qui rongent petit à petit le pays. Une question subsiste, est ce que, grâce à l’art, et à l’instar de ces danseurs, le pays trouvera-t-il son salut, sa ré-existence ?

 

Ré-Existence de Nawel Skandrani sur la scène du Festival de Hammamet :

Vous pouvez sauter la longue et inintéressante introduction en vous rendant directement à 1:20.

 

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