Ambiance d’Hammamet : Pippo Delbono, La Gioia du Je

Voilà une soirée bien particulière que nous a proposé le Festival International d’Hammamet ce mardi 24 juillet, en jouant la pièce La Gioia, du metteur en scène et acteur italien Pippo Delbono.

Mais avant d’aller plus avant dans cet article, il s’agirait d’établir un propos liminaire pour parler du théâtre en Tunisie. Le pays a une histoire toute particulière avec cet art de la scène, voyez-y là probablement un héritage de son passé romain, et quelques endroits arrive à faire vivre cet art en Tunisie, notamment avec le Théatre National Tunisien, et un réseaux de Maison de la Culture disséminée dans tout le pays, et aussi grâce à quelques salles privées à Tunis comme El Theatro, ou Mad’Art. Quoique dire « arrive à faire vivre » devrait être complété de la mention « tant bien que mal », car c’est aussi un art en difficulté qui souffre de la concurrence du cinéma, de la TV, et de la désaffection du grand public. C’est donc tout à l’honneur de ce festival de continuer, année après année, de proposer à son audience du théâtre !

Ce soir, c’est Pippo Delbono qui occupe l’hémicycle un peu dégarni du Centre Culturel de Hammamet, avec cette figure notable du théâtre contemporain italien, le public qui avait fait le déplacement dans cette soirée presque fraiche (chose au combien agréable tant la chaleur estivale tunisienne se fait pesante depuis quelques années) frémissait dans l’attente du début de la pièce.

Mais la pièce était elle à la hauteur de son attente ?

La mise en scène était intéressante, avec de jolis jeux de lumière, aussi bien lorsqu’elle décompose dans un tourbillon stroboscopique, presque épileptique, les mouvements saccadés d’une danse frénétique, que lorsqu’elle découpe poétiquement les ombres de la troupe sur le fond de la scène. La musique, elle aussi était à la hauteur, cohérente et proportionnée au différent tableau que nous propose la pièce. Il faut aussi dire que quelques un de ces tableaux apportent une émotion, quand l’omniprésent Pippo Delbono s’effaçait un peu.

Sans porter de jugement, nous devons souligner la narration singulière de l’œuvre. Constituée de plusieurs tableaux joués silencieusement par les acteurs, l’œuvre entière est guidée par la voix de Pippo Delbono, qui nous dépeint ces scènes via une voix off préenregistrées. Et la jonction entre les différentes scènes se fait par… Pippo Delbono, qui micro et feuillet à la main lit son texte, quand sa propre voix off préenregistrée ne prend pas le dessus, laissant alors la place à de petits couacs.

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Car le problème principal de cette pièce le voila, c’est son metteur en scène à l’égo démesuré ! Pendant un peu plus d’une heure et demie, nous avons eu le droit à Pippo Delbono racontant Pippo Delbono, et à le croire il est vraiment extraordinaire !

Tellement extraordinaire qu’il piétine tout le monde sur scène, chaque tableau, chaque acteur n’est là que pour le mettre en valeur…

Il fait intervenir sur scène à plusieurs reprise Bobo, son acteur fétiche, un tout petit vieux bonhomme de plus de 80 ans, sourd et muet, aux jambes arquées, se déplaçant avec peine en s’aidant de sa canne. Mais si Bobo monte sur scène s’est moins pour intervenir directement et créer l’émotion par son jeu, que pour servir le je de Pippo qui, tout en nous racontant à quel point il est génial d’avoir sorti ce vieil homme de l’asile psychiatrique où il a passé 44 ans, le promène, en le tirant par le bras, sur toute la scène… très dérangeant, et à la limite du respect de la dignité du à tout un chacun.

Voilà maintenant que Pippo nous raconte son voyage à Bali, où il a eu la chance de voir un acteur, qui depuis presque 70 ans, jouait, d’une manière exceptionnelle, le rôle d’un singe. Enfin, une histoire intéressante, sur laquelle on va pouvoir partager l’émotion de cet acteur… ah non, en fait, si Pippo nous parle de lui c’est juste pour se mettre en valeur, encore une fois, et nous dire que même lorsqu’il est à Bali, à l’autre bout du monde, il jouit d’une perception tellement fabuleuse, et il est tellement différent, qu’il ne va pas visiter le pays comme vous, voyageur lambda et banal, mais qu’il est allé tous les jours voir cet acteur…

Le reste du spectacle, à quelques exceptions près, n’est en somme, qu’un enchainement de plusieurs autres anecdotes du même acabit, c’est à dire qui ont plus leurs places dans le salon de la grande tante Eglantina, que devant un public, et d’auto promo pour des œuvres passées de Pippo Delbono.

La Gioia fut ce soir celle d’un homme imbu de lui même. Dommage.

 

Pippo Delbono – La Gioia au Festival International de Hammamet :

 

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